Une dent en or? Peut-être, mais avec le soleil et ma mémoire qui flanche, je ne sais plus.
Mais de la voir là, dans un stationnement de bord de mer comme tous les autres - insérez ici vos propres images et odeurs de varech -, ne m'inspirait pas outre mesure.
On était ici pour acheter des tickets de croisière en eau salée, c'est tout, Madame! et sans deuxième café du matin, je suis avare de conversation.
C'est elle qui a parlé français en premier. Tout de suite, j'ai été conquise. Mais qu'est-ce qu'un accent des îles de la Madeleine faisait donc dans sa bouche?
J'ai rigolé, emportée par mes souvenirs de famille et trop heureuse d'entendre cette musique si douce à mes oreilles dans un coin
Et quand elle a su que mes grands-parents maternels étaient natifs des îles, elle m'a raconté.
Presque tout, en fait.
Son enfance, sa mère, son père, l'immigration aux USA, la construction d'une maison à Perkins Cove, il y a 40 ans - parce qu'on y pêchait le homard -, un vrai moulin que je ne pouvais plus arrêter!
Et comme je le fais souvent avec quelqu'un qui parle trop, j'ai porté attention à son visage et à ses traits plus qu'au reste. J'ai reconnu là un regard vif et bleu, une bouche droite, un visage ovale et lisse, sans les rides qu'il devrait accuser.
Sommes-nous parentes, elle et moi? J'essaie encore de trouver.
Je l'ai questionnée sur son travail, sur son endurance - elle doit avoir 70 ans passés? - sa joie de vivre si évidente et elle a souri.
"J'ai besoin de travailler, parce que sinon je réfléchis trop", m'a t-elle dit, appuyant ses paroles d'un geste qui signifie à peu près le mot maboule.
"Ah oui?" ai-je répliqué, surprise par la confidence.
Elle a enlevé sa casquette sur une belle tête de cheveux blancs, en a empoigné un bout qui lui est resté dans la paume, me l'a montré et a ajouté, un peu contrariée : "Je suis en traitement de chimio, ça continue la semaine prochaine alors c'est mon dernier week-end, ici".
Je n'ai pas dit grand chose à part un "je suis désolée " un peu simple alors que j'étais troublée.
Elle a continué à sourire et m'a tendu un papier griffonné à la hâte sur lequel était inscrit son adresse courriel, en pattes de mouches, pour - j'imagine - qu'on puisse continuer cette conversation en privé, elle et moi. Puis j'ai couru sur le bateau pour rejoindre les miens.
Quand nous sommes revenus, deux heures plus tard, elle était occupée avec un paquet de touristes, alors j'ai glissé ma main entre deux personnes pendues à son kiosque pour lui toucher le bras.
Elle a croisé mon regard et je lui ai lancé un baiser soufflé. Pour marquer d'un geste la singularité de cette rencontre et pour lui signifier ma reconnaissance.
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De partager ce moment avec elle et l'entendre me chanter un accent que je connais X 1000 m'a donné une claque et m'a vivement rappelé que deux émotions contraires peuvent se chevaucher et que ce n'est pas si grave, au fond, ou que la vie n'est remplie que de ça.
Certains en témoignent, d'autres pas.
J'espère - pas au premier courriel, c'est clair, mais plus tard -, avoir le temps d'écrire à Deborah que je l'ai trouvée belle et souveraine, ce jour-là, dans son parking de bord de mer.
Crispi
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Une petite pluie semble s'installer?
On renonce à la plage pour aller faire un tour de machine. On s'entasse en râlant un brin mais on est tout de même contents d'avoir un petit répit et d'explorer un peu du pays.
«On va où?» L'Homme au volant, j'ai la carte du coin sur mes cuisses, un guide à la main et je sonde l'équipage dans le but de faire plaisir à tout le monde.
Cinq personnes, dans l'auto. Cinq personnes aux goûts aussi diversifiés qu'arrêtés.
Partir en vacances avec son chum, sa fille, son frère et son neveu, ça demande - du moins, ça me demande - une souplesse et une certaine abnégation.
Une micro-brasserie pour l'un, une micro-usine de fumage de poisson pour l'autre, un micro-musée de la mer pour celui-là, une micro-ferme pour elle? Attagirl! Je vous emmène tous à bon port!
Il y en a quand même un, à un moment donné, qui a demandé : «Et toi, Djo? qu'est-ce que tu aimerais voir?» Oh moi... vous savez, j'aime tout ça! Et l'Homme de dire : «Elle, ce sont les maisons, les lieux, qu'elle aime, vous le savez bien!». Le silence s'installe. Ce sera difficile de trouver, dans le guide, une maison privée à visiter, un thé à prendre dans une véranda donnant sur la mer.
Mais... il y a quelqu'un qui veille tout de même à mon bonheur?
Car au retour, on voit, de loin, une affiche invitante, devant ce qui ressemble à une école, une vieille école. On s'arrête. Et j'entre dans un lieu, pour moi, merveilleux. C'est pas une école, c'est pas une galerie, c'est pas une boutique, c'est pas un café, c'est pas une salle de concert, c'est tout ça à la fois. De grands espaces, un étage, un grenier, des fenêtres partout et une vue fantastique sur la mer.
JE VEUX ACHETER ET HABITER CETTE MAISON! MAINTENANT!
Mes quatre complices, gagnés au jeu et imaginant des ateliers, des soupers, des partys, des séances de hip hop, font des plans, où se mêlent «job dans le coin, subventions, 6/49 au garage d'en face, etc.».
Et pour quelques minutes, presque une heure, nous sommes les heureux propriétaires de ce fantastique endroit. Nous y sommes les hôtes et y trouvons chacun notre bonheur.
Puis, la pluie s'arrête et nous redescendons sur terre et au rez-de-chaussée, là où on se rend compte que cette petite école de village a été léguée à Fondation Armand Vaillancourt.
Devenue un lieu où, pour quelques minutes, presque une heure, chacun se sent chez soi.
Djo
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