13 mai 2011

Des mots dans la peau

Anecdote.

Un jour qu'on était invités à manger chez une infirmière de ma famille, celle-ci avait repéré les bras de mon chum et n'avait pu s'empêcher de s'exclamer : «Comme tu as de belles veines!»

Son air ahuri à lui - «Quoi? On est chez Mère-grand? - Non, chez Jenny Field!»

Car cette cousine infirmière, l'était 24 heures sur 24. Comme Jenny Field, une création littéraire de John Irving - Le Monde selon Garp  -.

John Irving fait partie de ces écrivains dont on est amoureuses, de mère en filles, chez nous.

Dans nos classiques, sans discussion.

Il partage notre panthéon personnel avec Stephen King, Amélie Nothomb, Dany Laferrière, Jacques Poulin, Patrick Suskind, Charles M. Schulz. Jane Austen, Agatha Christie, Romain Gary et Michel Tremblay, Marquèz et Duras. Comme un cocon.

Et les créatures de nos écrivains préférés prennent vie.

Jenny Field oui mais Charlie la baleine bleue, Christine - la voiture - et Jose Arcadio.

On repère vite un Momo, et une grenouille et un pigeon.

Puis un beagle et un oiseau, ça peut parler.

Oui.

On leur trouve tous un lieu où vivre, après les avoir aimés tendrement.

Et on se rappelle à eux comme on les rappelle à nous. Nous ne pouvons aller à Cap-Rouge sans penser à Vieux Chagrin et sans trop forcer, voir le pavillon, sur l'eau.

Si on joue au foot, on pense à Lucy et on prend le thé avec Miss Marple et Hercule Poirot et Emma.

On aimera toujours Édouard pris avec ses kilos de rillettes. Même qu'on peut se starter un fou rire juste à l'évocation de ce chapitre.

J'aime les nouveaux écrivains, je les lis avec avidité, curiosité et j'y prends beaucoup. Mais quand un de mes fétiches pas morts publie, il n'y a rien qui m'allume plus que de me plonger dans son univers.

Ours, Maine, moto, lutte.

Voilà mon week-end.


Djo
--------------------------
Évocation, tu dis?

Une branche d'arbre un peu hirsute dans le paysage et c'est Woodstock!

Un jeune fille au piano et je vois mon premier livre sans image qui est Le roman d'Élisabeth.

Un clown et c'est It.

Comme l'a fait David Gilmour avec L'école des films - lui a choisi le cinoche -, nous pourrions passer des heures à raconter l'ours de l'Hôtel New Hampshire, à nos enfants. Ce serait tellement joyeux?

Un genre de "tchèque la passe, man", mais dans un solo de mots.

Et jamais je ne traverserai un long corridor vide d'hôtel sans avoir peur de Stephen King ; évoquerai Calcutta - je n'y ai jamais mis les pieds alors c'est pire - sans penser à Duras ; prendrai trop de retard sans m'imaginer le lapin dans Alice ; serai indigne... sans avoir envie de parler à mon amie Caroline Allard.

Quand y a encore tous les autres!


Crispi

10 commentaires:

  1. Wow, tout ces univers littéraire différents, mais que l'on reconnait pour peu qu'on lise un peu. Merci les filles, je me sens moi bibitte bizarre quand je vois qu'on a les même références.

    RépondreSupprimer
  2. Tellement, Line!

    Les bibittes, ce sont ceux qui ne lisent pas.

    Crispi

    RépondreSupprimer
  3. Ours, Maine, moto et lutte m'habitent aussi en ce moment. J'ai retrouvé cet univers avec plaisir. Votre univers littéraire ressemble au mien, je vais aller chercher ceux que je ne connais pas, j'ai l'impression qu'ils vont me plaire. Ils accompagneront bien les soirées pluvieuses qu'on nous annonce.

    RépondreSupprimer
  4. Jenny Fields, ah oui! Toute violeuse et castratrice qu'elle soit, il émane d'elle une humanité surnaturelle, une générosité transcendante et presque sainte. C'est l'une des figures romanesques les plus marquantes de la littérature américaine du vingtième siècle, je crois: sa personnalité, décrite de l'extérieur, devient plus tangible que celle de Garp lui-même, qui pourtant s'explore et se définit en détails.

    Irving a aussi été conçu hors-mariage et n'a jamais connu son père. Je l'ai rencontré en 1979, ébloui par ma lecture, sans savoir encore que j'étais dans le même cas. Mais l'impression profonde que me faisait Jenny, teintée d'affection et de ressentiment, n'était certes pas sans rapport avec le fait qu'elle me rappelait tant ma mère...

    RépondreSupprimer
  5. @ Nadmo : Ours Maine, moto et lutte et aussi, amour d'un père, han?

    @ Mistral : lors de notre lecture de «Garp», nous vivions presque en communauté, jeunes fous que nous étions. Et Jenny Fields et Roberta sont devenues nos amies. On jennifieldsait et on Robertatisait quiconque ne possédait que 1/1000 de ce qu'elles étaient. On les adorait.


    Djo

    RépondreSupprimer
  6. Cooool!

    Roberta Muldoon, indeed: a beaucoup contribué à initier ma longue, trop longue réflexion sur ce qui distingue un homme d'une femme, et sur l'importance très relative de cette distinction. M'a aussi donné le goût de jouer au football, mais ça n'a pas duré.

    Si nous le relisions aujourd'hui, croyez-vous que nous serions davantage interpellés par les préoccupations de Garp et Helen?

    I missed you, girls. Bizz.

    RépondreSupprimer
  7. @ Mistral : pour ma part, je crois bien que oui. Et au moins certainement en ce qui concerne la dimension «parents de Walt» ;)

    Djo

    RépondreSupprimer
  8. Tu veux dire tout ce qui vient avec, je présume. Le mariage qui s'essouflle, les rêves de jeunesse à réajuster, la crise de la quarantaine, la mort, l'absurde et la tragédie qui guettent, chopant nos proches avec une fréquence ascendante comme des chacals au milieu de la nuit. L'Idéal et les meilleures intentions paraissant impuissants à rivaliser avec la bête, la brutale mécanique du monde...

    Garp s'en tire mieux qu'Helen, non? Il meurt heureux, bien que mélancolique, avec elle à son côté, et toujours capable comme un enfant de s'émerveiller d'enfin voler. Elle, son fardeau de regrets, de désillusions, de doutes et de solitude s'alourdit chaque année qui suit, j'imagine.

    Un roman aussi drôle que triste, c'est rare en chien.

    RépondreSupprimer
  9. @ Mistral : oui, tout ce qui vient avec, aussi, bien sûr car étant non infirmière, non transgenre, non lesbienne, non muette, je m'identifie plus facilement à Garp et Helen qu'aux autres personnages du roman (quoique...) mais c'est la mort de Walt qui incarne le mieux mon possible.

    Et puis s'il y a quelque chose que je partage avec John Irving, c'est bien son hyperactivité en inquiétude parentale. Et dans ses romans, cette inquiétude a toujours lieu d'être, en plus.


    Djo

    RépondreSupprimer
  10. @ Mistral : ma première rencontre avec un homme atteint de vraie inquiétude parentale.

    J'ai craqué, mais vraiment?

    Suis tombée amoureuse de Garp!

    Et puis de Roberta, surtout. Personnage singulier et tellement fort en images, enfin pour moi qui ai passé mon enfance en gars manqué.

    D'ailleurs, tout Irving, ses émotions pas claires ou nuancées, si tu préfères, c'est du plaisir en feuilles, même si ses romans ne sont pas tous égaux. On s'en fout de l'égal, anyways.

    Suis aussi bcp attachée à l'ours. À sa révolte, sa douceur, ses mix feelings.

    Crispi

    RépondreSupprimer