Pas mangé depuis deux jours, les lèvres sèches comme Regan dans L'Exorciste, mon corps vandalisé et juste une envie : te voir la tête de noeud.
Te voir, parce que neuf mois dans l'imaginaire, c'est une éternité... et Regan a faim.
18 heures 35 précises, tu décides que c'est là. Ça tombe bien, j'allais t'appeler! Alors tu débarques et tu prends toute la place sur mon ventre, impossible encore aujourd'hui de te décrire l'effet ressenti.
La techtonique des plaques, le mystère du succès de Justin Bieber? On se rapproche.
Et puis les premiers objets que tu tiens - quoi, t'es pas droitier, man? - et tes petits pas maladroits qui sont déclinés en 350 rouleaux de films.
J'ai écrit rouleaux, oui. Je t'expliquerai.
Mais les otites, la morve, les convulsions, un Ste-Justine pendant une semaine. Oh.
Tu sais que grâce à toi je me suis découvert une vrai talent de lionne? Dans ma tête, j'ai même mordu une infirmière au mollet. Tu l'as compris à l'école, je sais. On avait une idée, Dad et moi que tu n'étais pas parfait, même pire, mais qui a le droit de nous le dire, hein?
Encore aujourd'hui, j'embrasserais sur la bouche tous les gens qui t'ont accompagné et qui nous ont rendu la tâche plus facile.
Un sleepover à cinq ans, c'est vraiment le Club Med!
Mais aller à l'école à pieds? Come on! Tout seul? Pas avant ton 9 ans. Avec Charles, oui, mais défense de monter dans l'auto de qui que ce soit.
Pas un jour avant de t'avoir je n'ai pensé à toutes ces joies - mot choisi - à tous ces premiers quelque chose, à la fierté d'entendre ton rire en Niagara, de te savoir un minimum autonome, animé par tes désirs.
Un bol de Corn Pops que tu renverses dans ton lit et j'en ai encore les larmes aux yeux. D'ailleurs, l'expression fan fini a clairement été inventée par un parent.
Tu veux être champion de natation. Tu veux être comédien. Architecter des maisons. Le département des rêves est ouvert, mais arrête de gigoter un peu!
Les Lego, les Playmo, le salon en bordel parce qu'on sait toi et moi qu'une salle de jeux, ça ne sert jamais à un enfant unique?
Et puis la mort en direct. On t'explique le corps froid, trop blanc, que c'est moche au toucher. On te donne la permission d'embrasser, même qu'on le souhaite. Tu ne le fais pas.
Les silences commencent à t'habiter.
Tous ces petits traumatismes que tu transportes et qui arrivent sans qu'on s'en aperçoive. Quoi, cette casquette partie au vent sur le bateau de la traverse, ça t'a marqué tant que ça?
Qu'on me dise, au départ, que je pleure autant que toi ton premier amour et je me tape les cuisses de rire pendant une heure. C'est ça être mère?
Mais les clichés ont des bases comme les mères ont des coeurs, que j'apprends.
Dans le mieux, dans nos engueulades ou la violence de l'adolescence, ça ne bouge pas d'un iota. Mon amour est immobile, 3000 lits jamais faits plus tard.
Maintenant ta gang, ta musique, tes choix, ton cinéma et hop! organise-toi pour
Des plombages blancs, c'est déjà une bonne base.
Bon anniversaire, Dude.
Crispi
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Encore à te voir sauter sur le divan, à me crier : «Regarde, mes poufs, regarde!»...
Sois patient, j'arrive à l'étape de digérer que tu partes seul pour l'école.
C'est ça, les matantes à l'amour envahissant.
Bonne fête, mon beau garçon!
Yoyo
C'est ça, juste ça, rienque ça. De même. Et vlan, dans mon "j'aurais voulu dire la vie avec ces mots-là".
RépondreSupprimerJ'en ai encore la gorge nouée...
RépondreSupprimerMagnifique texte. J’en ai le souffle coupé, par la force même de cette déclaration d’amour ; mais aussi, et peut-être surtout, par la beauté de l’écriture. Votre texte, votre blogue, c’est ma découverte littéraire du jour. Merci, je vous suis désormais.
RépondreSupprimer@Ste-tellex-jamais-épargnée : tu le sais encore mieux que moi, allez. xx
RépondreSupprimer@Johanne : ça ne prévient pas, ça arrive... de loin, comme le chantait Barbara. Merci.
@RPL : joie! Merci beaucoup pour ces charmants commentaires. On vous fait une place, juste là.
Crispi
Oh, quel beau texte. Quel beau texte de mère-de-gars qui m'explose le coeur. Mon plus grand a presque 9 ans (pas encore allé tout seul à l'école, cette fin de semaine je l'ai laissé faire "le tour du bloc" avec un ami, c'était déjà ça!) et mon tout petit, à peine 18 mois, et ton texte me les a fait voir tous les deux pour les deux dudes imparfaits et adorables qu'ils deviendront, avec un peu de chance...
RépondreSupprimerMerci!
Fanny (Pilouquette dans une autre vie)
Pilou, quelle belle surprise de te lire ici!
RépondreSupprimerMerci de partager ces émotions à chaud. "Imparfaits et tant mieux" est ton nouveau mantra, dis?
Crispi
Merci, merci ...
RépondreSupprimer@Catoo : toi aussi tu sais. xx
RépondreSupprimerCrispi
En te lisant, je me suis demandé si on aimait son gars différemment de sa fille. Je me suis aussi projetée dans le temps, quand MM sera toutafaitement une ado insupportable. T'as raison, on les aime, imparfaitement. Je sais pas combien de fois le souffle m'arrête, quand je pense à tous les risques que je lui laisse courir, comme de manger sans que ce soit en purée, de faire de la gym sans casque protecteur, etc.. enfin, tu vois le genre.
RépondreSupprimerMerci pour ce texte.
L'amour que tu donnes à ton fils, celui que tu ressens, tout le temps et toute l'énergie qui pars de toi poil d'en haut à celui d'en bas et encore plus loin. Des richesses que tu partages. Merci Cri.
RépondreSupprimer@MJ : Hahahaha! Manger sans que ce soit en purée ou faire de la gym sans casque protecteur. Y en aura pas de facile, nenon!
RépondreSupprimerCrispi
@C.Olivier : merci d'être là, Caro.
RépondreSupprimerCrispi
"Imparfait et tant mieux": J'essaie, Cri, j'essaie!
RépondreSupprimerFanny
Nice article, merci pour l'information.
RépondreSupprimerJe ne suis pas inquiet pour ce flô. La route sera belle ...
RépondreSupprimerSuperbe. J'adore.
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