11 février 2011

Ce 14 février, à la table d'à côté

Djo : assis au bar du resto, monsieur B raconte ses déboires conjugaux à qui veut l'entendre -c'est-à-dire personne -. Madame B ne pense qu'à elle, ne voit pas comment son comportement nuit à leurs deux enfants. Personne ne s'occupe de lui, quand il est à la maison. 

Crispi : ils sont deux, à table, occupés sur leur portable respectif. Elle prend ses clients importants un par un, lui, regarde attentivement quelle fille lui a envoyé le plus coquin des dm, sur Twitter. Il carbure aux relations virtuelles, elle carbure aux clients satisfaits. Entre eux, un grand trou noir qu'elle aimerait bien combler... Il se sauve aux toilettes pendant qu'elle commande un thé vert et envoie un dm cochon à sa plus récente conquête.

Djo : toujours au bar, mademoiselle M coupe la parole à monsieur B en lui lançant, très sèchement, qu'il ne sait pas de quoi il parle. ELLE a été femme à la maison pendant que SON mari prenait du bon temps professionnel. Alors les obligations des hommes, il peut se les mettre où elle pense! De toute façon, ELLE, ses enfants sont bien ingrats et après tout ce qu'ELLE a fait pour SA famille...

Crispi :  elle lit le dernier Houellebecq en attendant son homme à la table no 16. Il forment un couple parfait et ne cessent de prendre des photos d'eux-mêmes dans tous les restaurants qu'ils fréquentent afin que chacun sache combien ils sont heureux. Son iPhone est prêt, elle vient justement de s'en servir pour envoyer promener une "fausse" amie qui s'est permis de critiquer sa façon de ne jamais aller au chalet d'un demi-million que son mari vient de lui acheter. Elle se dit : j'aime ce chalet!

Djo : monsieur W soliloque sur l'importance de nourrir son art, sur l'importance de l'art, sur la supériorité de l'art sur l'humain, sur les maudits gouvernements qui ne financent pas assez les artistes, surtout les artistes comme lui, sur les autres artistes qui, après avoir pris ce qu'ils avaient à prendre et à apprendre de lui, s'empressent d'aller profiter de sa science et ne le fréquentent plus.

Crispi : elle est déjà à moitié nue et convaincue de son pouvoir de séduction sur le mec qui arrive à l'instant, devant elle. Elle n'a pas mangé depuis la veille, donc après sa salade tiède et le vin qu'ils boiront ensemble, elle pourra se retrouver flambant devant lui sans le moindre souci. Il va certainement remarquer son corps d'enfer soumis à l'entraînement intensif. Elle souhaite seulement qu'il ne lui parle pas trop rapidement d'enfants, si la relation va plus loin que ce soir, car elle n'a aucune envie de briser ce ventre d'acier avec une grossesse!

Djo : dehors, fumant une cigarette, madame P crie dans son téléphone qu'elle doit apprendre à dire non, qu'elle doit maintenant penser à elle. Eille! Faire des maquillages gratuits pour ses neveux et nièces à une fête? Non mais ça va pas la tête? C'est fini, qu'elle dit, de se fendre en quatre pour les autres. Anyway, elle se retrouve toute seule, tout le temps. Son mari? Pffft! Un égocentrique!

Joyeuse Saint-Valentin!

Crispi et Djo

3 commentaires:

  1. Un couple dans la soixantaine pas tout à fait complète. Un repas dans le silence le plus complet, lui. Aucun mot échangé, aucun regard complice, aucun geste tendre. Rien. Tout dans l'indifférence et dans l'assiette. Il s'agissait de deux inconnus qui se côtoient depuis de nombreuses années et qui constatent, une fois encore, qu'ils n'ont jamais eu rien à se dire.
    Ces voisins de table nous ont profondément traumatisés.

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  2. @Scrogn : merci pour cette "traumatisante" continuité :-).

    Crispi

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  3. Et la tendresse bordel? ça n'a jamais été si vrai.

    Qu'est-ce qu'ils ont tous à s'auto-saboter, tout en accusant les autres de tous les torts?

    À un moment donné...

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